Historique

 


                                       

        Café-philo, café-philosophique, café-philo-des-Phares,                                                                                                                                                    café-philo-des-phares- et- compagnons,

 

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 Avoir une Histoire, c'est avoir des racines, se sentir rattachés à une culture, une pensée, des émotions, une fierté, c'est avoir été construits dans une continuité jalonnée par des ponts. Par exemple  l'Ecole d'Athènes peinte par Raphaël =   peinture au service de la pensée philosophique, ou encore   philosophie de l'Antiquité et sa réincarnation à  la Renaissance. Ou comment la philosophie peut-elle nous aider dans la connaissance de notre monde à la lumière du passé

  1992 -  création du concept café philo  par le philosophe  Marc Sautet:   café des Phares à Paris,  premier café-philo au monde!  Le  contexte politique  induit un rapprochement entre  fin du XXème siècle et siècle de la philosophie socratique, quand une grave crise de la démocratie fut mise en péril par les guerres du Péloponèse et voilà le paradoxe que le  philosophique  fait émerger:  Bien et soif de connaissance confrontés au Mal et à l'obscurantisme. La pensée doit triompher d'une reculade: "La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses" a annoncé Platon il y a 2500 ans.

1992 en France:  repli, crise monétaire annoncée, idéologies  en berne, poussée de l'individualisme. Quand une voix s'élève sur les plateaux des médias. Se démarquant des cours magistraux à l'Université d'une part, d'autre part se situant à l'écart d'une polémique dévastatrice: un café-philo est un café-débat. Grâce à la compétence et à l'enthousiasme du fondateur suivi de ses compagnons, le succès conduit  à l'essaimage. Dans Paris et sa banlieue, dans toute la France, très loin hors de nos frontières où le concept café-philo est exporté.

La dynamique ne s'arrête pas là. - Venu en particulier d'Amérique latine, le débat philosophique  nous revient sous l'appellation des Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP) = philosophie pour tous, même les plus petits, philosophie sur tout,  dans toutes les structures (écoles, médiathèques, Maisons de retraite), uneméthodologie spécifique est mise en place.

La pensée   philosophique en extension parviendra-t-elle à faire reculer le pouvoir dévorant de la mondialisation économique? Un pari qui nous engage. 


 


 

Le Café des phares

 

Tout commença par des relations de comptoirs. Ce fut en consommateur que l'initiateur de nos cafés philo, Marc Sautet ( docteur en philosophie, Maître de conférence à Sciences politiques ) fréquentait en voisin le Café des Phares place de la Bastille. Le lieu est chargé d'Histoire, l'habitude fait la petite histoire, la personnalité de Marc fit le reste. Et ce fut au cours d'une interview sur France Inter que le spécialiste et traducteur de Nietzsche  annonça une démarche en train de prendre forme : chaque dimanche matin au café des Phares il retrouvait quelques amis dans le but de mettre sur pied le projet d'un cabinet philosophique, aventure inédite en France; certains auditeurs en avait conclu qu'un " philosophe " se tenait à leur disposition dans un lieu public. Et quelle ne fut pas la surprise de Marc de voir arriver le dimanche suivant une dizaine de personnes qui revinrent la semaine d'après, ce furent les premiers " habitués ", rejoints par d'autres. Le nombre fit problème et une organisation sommaire s’imposait:  réserver à ces réunions un emplacement (l'arrière-fond de la salle) et disposer les tables en carré. 

 

Le patron du lieu, Pascal Ranger, prêta alors une oreille attentive à ce groupe d'une trentaine de personnes qui questionnaient la vie de façon passionnée tout en  laissant perplexe. Un certain jour la préoccupation mise en avant était celle-ci: " La violence est-elle spécifique à l’homme ou se retrouve-t-elle dans l'ensemble de la nature ? » L’enjeu fut  précisé : l’homme a-t-il une chance d’échapper à cette violence ?  La piste proposée fut dérangée quand une participante  déchira un morceau de papier : faisait-elle mal à l'arbre d'où était né le papier ? Bizarre tout de même,vu de l'extérieur: celle- ci serait-elle folle ? Le sens commun est pris au piège…

 

Ce fut encore lui, le propriétaire de ce Café des Phares, qui  fit une proposition au philosophe: consacrer une tranche horaire à des débats publics. La salle s'y prêtait-elle ? Certes elle est spacieuse mais c'est un vrai hall de gare, tout en longueur et pour que la parole y circule sans cesser d’être entendue d'un bout à l'autre, merci pour l'animateur! Malgré les difficultés relevant du défi, ce projet-là fut rapidement mis en service et il  fut octroyé à Marc Sautet la totalité de l'espace pour deux heures de débat chaque dimanche entre 11 h et 13h. Voilà comment le 13 septembre 1992 naquit le premier café philo. Le rôle de l’animateur sera de conduire une dynamique tout en veillant à l'observance de  quelques règles :  stop! à une  conversation d’opinion, à la polémique, ou à un échange de savoirs, et faire en sorte que la parole aille vers le débat d’idées. Car un café philo doit être un café débat, à la différence d’un Café littéraire dont l’existence est bien antérieure.

 

Par le biais de la médiatisation, le succès fut immédiat : Marc Sautet, doté d'un charisme indiscutable, était invité sur les plateaux de nombreux médias, effet de mode ? le succès se prolongea - citons ici Apostrophes animé par Bernard Pivot - L'invité avait un physique de star et la presse écrite faisait une véritable fixation sur ses yeux bleus de séducteur : trop beau pour être vraiment philosophe ? Marc Sautet n'aura pas échappé à certaines suspicions : un sophiste ! un manipulateur clientéliste jouant sur tous les tableaux : n'a-t-il pas créé parallèlement un cabinet de consultations philosophiques payant, soit dit en passant il n’avait pas abandonné son projet initial, bien au contraire et alors ! Au Café des Phares c'est l'affluence des participants dont beaucoup sont devenus des  « habitués » : on évalue à près de 150 ceux qui se pressent sur les chaises, banquettes, et jusque dans les recoins, ou en rangs d'oignons contre le comptoir, les garçons ayant peine à se frayer un passage, sans compter les consommateurs égarés - il reste pour eux la triple terrasse extérieure chauffée - et qui se dirigent vers les toilettes. Trônant sur son tabouret de bar, Marc Sautet sollicite l'assemblée pour la proposition de sujets, autour d'une dizaine, mais en définitive c'est lui-même, l'animateur, qui choisit, après quoi le participant  « propriétaire du sujet » est invité à exprimer ses motivations qui vont lancer le débat du jour, si ce premier intervenant se trouve un peu "sec" il y a la présence active des autres pour le relayer et c'est parti!

 

Contrairement à un enseignant, l'animateur s'inscrit toujours " en second ", pour relancer, réveiller, débusquer un enjeu, élever un débat qui ne décolle pas, au besoin citer un grand philosophe non pour mettre en avant son érudition mais simplement pour faire repartir la parole vers une piste plus universelle, ce jour-là le sujet portait sur « la dépendance », le débat ne sortait pas du cadre privé, du sur-moi et de la dérive narcissique, c'était le moment de ne pas cautionner le " déballage " mais d'inviter à réfléchir à un niveau plus philosophique, par exemple sur la démarche dialectique de Hegel au sujet du maître et de l'esclave, une piste à exploiter...Deux micros circulent, l'espace est sonorisé et les interventions s'enchaînent dans l'ordre de la demande de prise de parole, de temps en temps les vrombissements du percolateur et de la machine à café s'en mêlent, ce qui n'empêche pas les interventions de rebondir depuis la porte donnant sur les toilettes jusqu'à la terrasse couverte, sur la corde raide de cette dynamique, où s’entremêlent les bruits d'un bistrot et l’impatience de ceux qui lèvent le doigt, l'animateur qui ne se veut pas directif veille à un partage équitable de la parole. Et " tous les sujets sont susceptibles d'être traités de manière philosophique, a écrit M.S. ... La philosophie n'est pas une matière...c'est un état d'esprit, poursuit-il... Quitte à rendre furieux les " intellectuels " en visite... j'optais souvent pour un thème inhabituel dans la sphère de la philosophie classique... D'où le débat sur " La première fois "...     (Marc Sautet - Un café pour Socrate - Robert Laffont 1995).

 

Un dispositif à été mis en place par l'initiateur que la poursuite de l'expérience réconforte dans l’évaluation d’un bien-fondé appuyé sur l’idée suivante: communiquer une impulsion à ceux qui croyaient jusque là que la philosophie était réservée à une élite d'intellectuels, tel fut le pari lancé mais pour qu'il soit pari gagnant  l'impulsion devait passer par le plaisir. " Or, écrit encore Marc Sautet, c'est un moyen d'avoir du plaisir que cet état d'incertitude provoqué chaque dimanche matin par le fait que le sujet n'est pas connu d'avance ". En dépit de ceux qui arrivaient avec un sujet préparé dans le but de faire un embryon de conférence devant un auditoire (le conférencier et les autres) Marc Sautet ne dérogera pas à son principe : savoir prendre des risques en improvisant ... " pour résoudre le sujet posé on pourra compter sur ceux qui nous entourent "  Ne compter que sur soi mais aussi sur les autres qui donnent à chacun de la valeur ajoutée. Le rôle de l'animateur ne sera pas de mettre en avant sa propre pensée étoffée de références mais de décoder du sens à une intervention non aboutie, ou de recentrer  le débat quand celui-ci s’égare vers le hors sujet, les redites ou vers ce que l'on qualifie avec mépris de " café du commerce ". Dans cet état d'esprit, l’animateur est plutôt désigné sous le nom de « modérateur » par l’Association Philos créée par Marc et ses amis. L’objectif de cette Association était d’abord de définir ce que prétendait être un café philo ouvert à tous ( or un café est un lieu public par excellence), l’Association s’étant définie elle-même comme un réseau d’amitiés et d’échanges entre  les cafés philo qui verront le jour en France mais aussi loin de nos frontières: Marc Sautet ira en Amérique latine, Pascal Hardy en Norvège et jusqu’en Chine, Gunter Gorhan implantera des cafés philo en Allemagne (Essen, Düsseldorf), Hongrie (Budapest), Russie (Moscou), tous ces cafés  étant à la fois indépendants et reliés. Le dispositif mis en place par son initiateur se prolongera au-delà de la mort foudroyante de Marc. Pour ne pas oublier, la référence au fondateur sera souvent évoquée même encore aujourd'hui : Ah ! nostalgie quand tu nous tiens !

 

Amener les participants  à observer une attitude philosophique, tel fut l'objectif de Marc Sautet, créateur du concept " café philo ", expression tellement ordinaire qu'elle enfonce elle-même le clou, une provocation ? lancée aux détracteurs, car il y en eut ! surtout parmi les universitaires. Eh bien non ! un  café philo  n'est pas et ne sera pas le café du commerce. A quoi tient ce tour de force ? C'est pourtant tout simple. A partir du moment où des femmes et des hommes savent parler ensemble, ils humanisent leur monde fait d'une multiplicité de réalités et d'un univers de symboles, un monde que nous avons du mal à saisir et qui nous tend des pièges. Nous sommes donc en 1992, la crise monétaire européenne est annoncée et le Non au référendum concernant l'Union Européenne est sur le point de l'emporter (ratification du traité de Maastricht), une fracture suscitant une morosité ambiante.

 Situation similaire de la philosophie socratique. Cconfrontée à une grave crise de la démocratie mise en péril par les guerres du Péloponnèse,  la pensée philosophique naissante laissait émerger le fondement de sa double nature, le paradoxe et par voie de conséquence le questionnement: comment résister au retour de la barbarie quand  la démocratie athénienne a voulu être un modèle d’humanisme avant la lettre ?  Et c'est encore Platon qui nous ouvre le chemin, Platon qui nous a dit il y a 2500 ans : " La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses "...C'est cette double connaissance qui donne du sens à notre condition d'humain. " Car le monde n'est pas humain pour avoir été fait par des hommes et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu'il est devenu objet de dialogue " (Hannah Arendt - Vies politiques) Le mot " dialogue " doit bien sûr être entendu au sens étymologique du terme, la circulation de la parole se vivant " à travers " ( dia) ceux qui sont réunis pour réfléchir ensemble sur une même problématique. Pour ne pas se laisser déborder tout en évoluant sur la ligne ascendante d'une dynamique, les interventions sont régulées ou stimulées par un modérateur ou animateur pour qui la philosophie est un outil de réflexion nous aidant à comprendre le monde, pour cela nous allons devoir nous poser les bonnes questions. Pour en arriver là, il est bon de savoir d'où nous venons, savoir aussi mettre des ponts entre les époques qui nous ont construits.

 

Ecole d'Athènes par Raphaël : La peinture au service de la philosophie. 58 " compagnons ", figures majeures de la pensée antique réunies dans un temple idéal et réincarnés sous les traits de personnalités influentes de la Renaissance italienne. Au centre, au point de fuite de la perspective, Platon et Aristote. A notre gauche, Platon pointe le doigt vers le ciel (allégorie du monde des Idées) et dans son autre main il tient le Timée (dialogue sur l'origine de l'Univers) ; à notre droite, Aristote à le plat de sa main droite tournée vers la Terre ( symbole d'une conception empirique et expérimentale) tandis que de son autre main il tient l'Ethique à Nicomaque.

 

En arriver là! Moins de quatre ans après la création du café des Phares, la médiatisation bénéficia de son corollaire la popularité dont le contrecoup fut la saturation. Confronté à ce phénomène, et pour désengorger ce premier café philo un participant de la première heure, Bruno Magret, eut l'idée de créer en 1996 le café philo Bastille ( de l'autre côté de la place) et qu'il anime toujours aujourd'hui et toujours de 11 h à 13heures; à la différence du rituel instauré au Café des Phares, le dispositif mis en place dans cette sale isolée à l'étage a évolué au fil des années vers l'application d'une méthodologie  intégrant quelques principes  des "nouvelles pratiques philosophiques" ( à ce sujet nous retrouverons Bruno Magret dans la deuxième partie de cet Historique marqué par quelques dates jalons)...Ce fut , le 2 mai 1998 que Marc Sautet fut emporté par une tumeur au cerveau. Ironie du sort, le dernier sujet choisi par l'initiateur disparu pour un ailleurs énigmatique portait sur " La lune " !...Mais le bien fondé d’un concept inédit n'est pas vaincu par la mort et l'expérience se poursuivra en France et loin de nos frontières, le mouvement étant toujours stimulé par l'Association Philos. Parallèlement  Daniel Ramirez a créé en 1997 le concept ciné philo, étant lui-même programmateur et animateur au cinéma L'Entrepôt à Paris... Si certaines créations perdurent  parce que et sans doute elles ont été les premières à inaugurer le concept de café philo ou de ciné philo ou parce qu'elles ont évolué vers un nouveau concept, tel le Bastille, en revanche certains  cafés philo de deuxième ou troisième générations ont été emmenés à s'essouffler et à disparaître, c'est la vie ! Tandis que d’autres vont voir le jour. Tandis que la " vitrine " du café des Phares sert toujours de modèle hors de nos frontières, jusqu'en Corée du Sud qui vient encore et régulièrement nous visiter. Vue de l'extérieur, une mode avait pris et l'on pouvait lire encore et encore dans la presse étrangère : " Les Français se sont entichés d'une philosophie de comptoir ". Le cliché est tenace. Il n'empêche que le débat dominical a pris droit de cité à l'heure de la grand messe au café des Phares.

 

Après la disparition de Marc, ses amis ont assuré la relève du côté de l'animation, tout d'abord l'ami de la première heure Pascal Hardy (chef d'entreprise), rejoint aussitôt par Gunter Gorhan span>(juriste), puis par Daniel Ramirez (docteur en philosophie, joueur de flûte traversière), par Sylvie Petin (professeur de philosophie), et enfin par Gérard Tissier (autodidacte). Comme on peut le constater, l’équipe est éclectique, ce qui confère son plein sens au mot «amateur». Et ce qui pour le moins préserve  de certaines prétentions à l’érudition. Faut-il rappeler ici que la modestie aide souvent à mieux de compréhension: « N’importe quelle interrogation même naïve,  n’importe quelle réponse même naïve, surtout naïve, peut avoir un sens, une dimension philosophique. Que les gens philosophent dans les cafés philo, cela ne signifie pas qu’ils deviendront des philosophes comme Descartes, mais cela signifie qu’ils sont capables de se poser les mêmes questions que lui ». (Christian Godin : Revue Philos, n°67 – novembre 2003.

Et faut-il ici mettre un bémol en rappelant la disparition de l’Association Philos. Quelle en serait la cause? Internet? et la consultation gratuite des sites qui auraient pris le relais pour offrir une information sur les agendas des cafés philo ainsi que sur le contenu de certains débats. Philos assurait le passage de l’oral à l’écrit grâce à sa Revue bimensuelle. Mais la mission de Philos était également de soutenir la création d’un café débat, proposait de former des « modérateurs » et si besoin était d’en envoyer un sur place. Car un café philo perdure grâce à un animateur qui n’est pas trop minimaliste. Sans le soutien d’une Association beaucoup de cafés philo se sont essoufflés et puis ont tristement disparu. Mais l’Association Philos s’est essoufflée elle aussi. Quand c’était toujours les mêmes qui devaient rédiger comptes-rendus et articles… Dans beaucoup de domaines, combien il s’avère difficile d’assurer le relais.

 

Aux Phares le café débat perdure. La grande salle n'est plus aussi bourrée que lors des années Sautet mais on y compte tout de  même et régulièrement près d’une centaine de participants, nous y respirons mieux tout en étant parfois moins concentrés, c'est qu’un «amateur» qui se respecte en respectant les autres se doit de se renouveler, sinon...  "ça ronronne", commençait-on à entendre par-ci par-là, " la Crise " menaçait, le goût du pouvoir, ou comment l'appeler? des animateurs dits « historiques » " était contesté, ce qui voulait sans doute laisser pressentir que tout était à revoir. Le patron du lieu, Pascal Ranger intervenait en coulisses pour critiquer la morosité de certains débats, et prendre la défense des serveurs face à des animateurs qui du haut de leur tabouret se croyaient tout permis, ce malaise remettant en question la fierté d'un cafetier ayant permis la création en ses murs du premier café philo.

Ce fut en 2011, juste avant les grandes vacances, que la décision fut prise, à l'initiative de Pascal Hardy et Gunter Gorhan, car il le fallait ! sinon couic ! plus de café philo. Pour palier la concentration du «pouvoir», la solution proposée fut d'ouvrir l'animation du café des Phares à d'autres animateurs, en particulier ceux de différents cafés philo de Paris et sa banlieue, ouvrir également les débats sur d'autres expériences  (autour d'une œuvre d'art, par exemple, ou d'une «disputatio»), somme toute définir un projet devant être périodiquement remis en question au cours des réunions d’un collectif constitué. Ce ne fut pas si simple, certains ont parlé de " coup de force ". Evidemment, quand on est en place qui aurait envie de devoir partager ? c'est humain après tout. Pour en arriver là, il a sans doute manqué au départ d'avoir réglementé par des statuts le fonctionnement de ce qui était devenu une institution. Mais disons-le tout net, au départ l'animateur-fondateur Marc Sautet possédait un tel charisme que personne parmi les participants ne s’était avisé de contester son pouvoir naturel et ceux qui lui ont directement succédé estimaient qu'ils pouvaient tenir le rôle de cofondateurs ou tout au moins de dauphins ... Les deux  "cofondateurs " d’un nouveau projet, au sein duquel ceux-ci – reconnaissons-le - ne se sont pas attribué une place prioritaire  après leur " coup de force ", ont tenu à instaurer un fonctionnement plus démocratique. Après un passage difficile à passer car  les antagonismes se sont exprimés de façon virulente, le déroulement des débats a survécu sans que les participants aient ressenti les remous de la guéguerre intestine. Et même si le rituel de la messe de onze heures a moins de solennité ( afin de laisser en partie libre le moment du déjeuner, les nouveaux gérants ont exigé que la tranche horaire du débat soit avancée pour démarrer à 10 heures trente et il y a parfois quelques retardataires) il semblerait que plus de diversité ait procuré un second souffle à notre cher café philo des Phares.

 

 

 


 

 

 

 

Du café philo à la philosophie dans la cité.

 

Serait-ce la « vitrine » du café des phares qui a donné  une impulsion vers l’extension, ou bien autre chose : un besoin de renouveau en dehors de la sphère universitaire aurait-il été « dans l’air »? Toujours est-il que les rencontres philosophiques se sont répandues dans des milieux aussi divers – et complémentaires – que les maisons de retraite, les foyers de jeunes travailleurs, les forums, les théâtres, bibliothèques, lycées et collèges, universités – à côté des cours magistraux - et dans la foulée n’y échappent pas les prisons,  les hôpitaux psychiatriques ou les  « randos philo »  : globalement c’est ce que l’on appelle les « nouvelles pratiques philosophiques » (NPP) :  « Rendons la philosophie populaire », tel  était  le défi lancé déjà par Diderot, défi resté confidentiel et parisien. Aujourd'hui l'ouverture n'a pas de limites puisque  la NPP inclut les enfants et les adolescents en difficulté, ce prolongement ayant une assise juridique : les droits de l’homme et de l’enfant ouvrant sur le droit de philosopher pour tous. Et ça marche! Citons ici l'expérience d'Emmanuel Mousset, professeur de philosophie, animateur aux Phares et qui anima des ateliers-philo de 7 à 8 volontaires dans les pénitentiaires de Laon et de Château-Thierry : « Pratiquer cette libre réflexion qu'est la philosophie dans un lieu d'enfermement, m'a-t-il écrit dans un courriel, n'est pas à première vue très propice à la pensée ! Et puis on s'y fait, les échanges ne sont pas si différents que dans un café philo dit normal. Bien sûr, les préoccupations propres aux détenus reviennent assez souvent. Mais les sujets sont aussi divers qu'ailleurs" Et il conclut: « Ce que je retiens de cette expérience, c'est l'universalité de la philosophie que rien ne peut arrêter, pas même les murs d'une prison, pourvu qu'il y ait des esprits qui pensent ». Nous revenons toujours à cette exigence fondamentale : pourvu que...

Ces pratiques jusque là inédites en France ont bénéficié au premier plan de l’engagement de Michel Tozzi, philosophe, professeur émérite en sciences de l’éducation à l’Université de Montpellier. Depuis 1996, il anime le café philo de Narbonne, en 2004 il est le cofondateur de l’Université populaire de Narbonne,  inspirée de l’Université populaire de Caen fondé par Michel Onfray en 2002 -  là aussi c’est  d’une crise qu’est issue le concept d’Université populaire, 2002 ! le Front National arrivait en 2 aux élections législatives !! – Soulignons ici que si ce type d’Université emprunte à l’Université traditionnelle la nécessité d’un contenu, elle s’inspire du café philo quant à l’interactivité et la pratique du dialogue comme moyen d’accéder au contenu et par là-même de l’enrichir. Mais revenons à Michel Tozzi qui anime également  des ateliers de philosophie pour adultes et pour enfants. Revenons à Bruno Magret qui a mis en place une méthodologie et à ce titre "le Bastille" fonctionne plutôt comme un atelier, à ce titre Bruno Magret en est venu à se qualifier lui-même de "philosophe praticien" assurant des interventions dans les médiathèques, dans  des foyers de jeunes travailleur, ou autres (Voir: http://brunomagretviabloga.com). Quant à Michel Tozzi il va plus loin pour être cohérent dans sa démarche, il forme parallèlement des enseignants à l’animation de discussions « à visée philosophique » : animateur philo  deviendrait-il un métier à temps partiel ( non encore  rémunéré dans un café philo, pour en vivre il faut écrire des bouquins publiés chez Grasset !)

Grâce à un animateur compétent peut-on apprendre à philosopher ? Des ouvrages « d’accompagnement » foisonnent : Penser avec Arendt et Lévinas, Penser avec Edgar Morin, Penser avec Jacques Derrida, Ricoeur … Penser librement, Penser par soi-même, Reconstruire la dignité…

 

Si l’auteur de « Un café pour Socrate" est remonté aux sources de la pensée antique implantée sur l'agora, les nouvelles pratiques philosophiques ont pour objectif de mettre à la portée de tous – y compris des plus petits -  le questionnement socratique ; mais pour que ça marche, nous venons de l'évoquer, une méthodologie s’est imposée. Et ailleurs comment ça s'est passé? Comme un retour de boomerang, le phénomène café philo parti du café des phares pour se propager hors de nos frontières est revenu vers nous sous la forme de ces nouvelles pratiques  déjà en honneur en Amérique du Nord et du Sud puis en Belgique. La pensée philosophique en extension dans la cité gagnera-t-elle son pari face au pouvoir du politique et surtout de la mondialisation économique ?

Philosophie pour tous mais aussi philosopher sur tout, la meilleure façon de ne pas se laisser manipuler tout en jouissant au mieux de la vie.  Michel Onfray, porte-parole  de l’hédonisme, nous a ouvert la voie  en créant l’Université populaire du goût à Argentan ( Orne) sous chapiteau, le hic étant qu’une création à beaucoup plus grande échelle qu’un café philo réclame des moyens financiers conséquents, donc des subventions – quand par éthique tout est gratuit -  et Michel Onfray a dû finir par vendre  son chapiteau avec la promesse qu’il reviendrait… Il s’est remis à table du 2 au 4 mai  2014 à Chambois (toujours dans l’Orne) en créant « la nouvelle université populaire d’Epicure et Cpie »… Des  rencontres sur le goût  pour nous mettre l’eau à la bouche, bonne idée non ? Pourquoi les cafés philo ne s’intégreraient-ils pas à la  semaine du goût  organisée un peu partout chaque année. Philosopher n’est-ce pas donner plus de sel à la vie ?

 

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